Animal

Du 27 avril au 29 juillet 2018

 

 

 

 

L'animal nous manque.

A l'occasion de cette exposition, à notre tour, nous voulons partager ce manque avec vous en peuplant les Communs d'une faune d'argile. Nous voulons parler de l'animal qui est en nous, de cette part du sauvage que nous avons perdu depuis belle lurette, de l'irréductible que l'on ne pourra jamais assservir, du crue de la vie contre nos vies recuites.

 

La nature sait se défendre, s'adapte et on sait déjà qu'elle aura le dernier mot après que nous l'ayons beaucoup fait souffrir. Le sort que nous réservons aux bêtes est à l'image de celui que nous réservons à nos frères humains : il est inhumain comme seuls nous savons l'être. Pas seulement dans les abattoirs, mais aussi auprès de ces animaux que l'on élève comme des enfants, ces bêtes que l'on maltraite, que l'on oublie au bord des routes, que l'on utilise comme cobayes.

 

Malgré toute notre modernité, nos progrès technologiques, notre aspiration a dépasser notre triste et limitée condition humaine, nous n'y parviendrons jamais et nous le savons obscurément. Tôt ou tard, on se retrouve tel un chien qui cherche son maître, tel un chat qui mendie une caresse, tel le poisson au fil de l'eau, ou l'oiseau sur une branche qui se lance dans la vie pour la première fois, tôt ou tard, on meurt comme une bête, tout nu et tout vécu. Ne perdons pas de vue l'animal qui sommeille en nous, ils ont tout à nous apprendre, tout pour nous aider à supporter notre condition d'humains.

 

Les céramistes travaillent dans leurs ateliers, ils rêvent et imaginent des bêtes comme vous n'en n'avez jamais vu, comme vous n'en verrez jamais. Ils racontent à leur manière cette histoire qu'ils vivent au contact du monde animal. Ils l'interprêtent pour nous, pour nous permettre de mieux l'apréhender, pour qu'elle accompagne nos vies.

Le métier de sculpteur animalier est un des plus vieux du monde. Car l’homme ancien, pour survivre dans une nature où physiquement il n’avait pas les meilleurs organes, a réussi à s’en sortir en développant un rapport sensible au monde. La représentation en peinture ou en modelage, des animaux qu’il pouvait manger plutôt que de se faire manger par eux, lui a procuré l’espace mental et la puissance physique que ne lui avait pas donné la nature à sa naissance.

 

Dès la préhistoire, les humains ont représenté des animaux. Étrangement, ils ne se sont pas représentés eux-mêmes, sauf par quelques bâtonnets sommaires, alors que les formes et les couleurs montrant des animaux témoignent d’une maîtrise et d’un talent qui nous impressionnent toujours.

Les animaux ont longtemps eu un rapport avec le sacré. Ils sont les messagers de la magie et des tensions qui animent les êtres vivants de notre terre où nos rêves se sont abrités depuis si longtemps.

Sauvage ou familier, choyé ou honni, révéré ou méprisé, sublime créature dont la cause interpelle notre sensibilité et notre conscience, l'Animal, est devenu aujourd'hui un homme comme les autres.

 

Les sculpteurs animaliers qui exposent à Cormatin, continuent cette longue tradition d’enchanter le monde d’aujourd’hui ou de l’exorciser.